Potentiel Vecteur d’un Dipôle Magnétique
Contexte : Étude du champ magnétique créé par une boucle de courant élémentaire.
Dans cet exercice, nous allons déterminer le Potentiel VecteurChamp vectoriel A dont le rotationnel donne le champ magnétique B. \(\vec{A}\) créé par une boucle circulaire de courant (spire) en un point éloigné. Cette configuration constitue l'approximation du Dipôle MagnétiqueSource magnétique élémentaire caractérisée par un moment magnétique M., fondamentale pour comprendre le magnétisme de la matière (modèle atomique de Bohr) et le fonctionnement des antennes magnétiques. Le calcul direct du champ \(\vec{B}\) par la loi de Biot-Savart étant complexe vectoriellement, le passage par le potentiel vecteur \(\vec{A}\) offre une méthode plus élégante et simplifie les calculs de symétrie.
Remarque Pédagogique : L'étude du dipôle est essentielle car tout circuit fermé, vu de très loin, se comporte comme un dipôle. C'est le premier terme non nul du développement multipolaire du champ magnétique.
Objectifs Pédagogiques
- Maîtriser l'utilisation des symétries et invariances pour déterminer la direction et les dépendances d'un champ vectoriel.
- Savoir paramétrer une intégrale de chemin (circulation) en coordonnées sphériques.
- Appliquer un développement limité (Taylor) pour passer d'une expression exacte complexe à une approximation physique exploitable (champ lointain).
- Manipuler les opérateurs différentiels (Rotationnel) en coordonnées sphériques pour retrouver le champ \(\vec{B}\).
Données de l'étude
On considère une spire circulaire de rayon \(R\), parcourue par un courant permanent d'intensité \(I\). La spire est située dans le plan \((xOy)\) et son centre coïncide avec l'origine \(O\) du repère. On cherche à déterminer l'expression du potentiel vecteur \(\vec{A}(M)\) en tout point \(M\) de l'espace repéré par ses coordonnées sphériques \((r, \theta, \phi)\), dans l'hypothèse où le point d'observation est très éloigné de la source (\(r \gg R\)).
Fiche Technique / Données
| Grandeur Physique | Symbole | Valeur Typique | Unité SI |
|---|---|---|---|
| Perméabilité magnétique du vide | \(\mu_0\) | \(4\pi \cdot 10^{-7}\) | \(\text{H}\cdot\text{m}^{-1}\) (Henry par mètre) |
| Rayon de la spire | \(R\) | \(0.05\) | \(\text{m}\) |
| Intensité du courant | \(I\) | \(2.0\) | \(\text{A}\) (Ampère) |
Schéma du Système
| Nom du Paramètre | Symbole | Valeur | Unité |
|---|---|---|---|
| Rayon de la spire | \(R\) | 0.05 | \(\text{m}\) |
| Distance d'observation | \(r\) | > 0.5 | \(\text{m}\) |
Questions à traiter
- Étudier les symétries et invariances de la distribution de courant pour simplifier a priori l'expression du potentiel vecteur \(\vec{A}\).
- Exprimer le potentiel vecteur élémentaire \(d\vec{A}\) créé par un élément de courant en un point \(M\) du plan \((xOz)\), puis poser l'intégrale totale.
- Calculer \(\vec{A}(M)\) en utilisant l'approximation dipolaire (\(r \gg R\)) via un développement limité à l'ordre 1.
- En déduire l'expression vectorielle du champ magnétique \(\vec{B}(M)\) en calculant le rotationnel de \(\vec{A}\).
- Déterminer l'équation différentielle des lignes de champ magnétique et en déduire leur équation polaire \(r(\theta)\).
Les bases théoriques
Pour résoudre ce problème, nous nous appuyons sur les lois fondamentales de la magnétostatique dans le vide.
Loi 1 : Potentiel Vecteur (Loi de Biot et Savart généralisée)
Le potentiel vecteur \(\vec{A}\) créé par un circuit filiforme fermé \((C)\) parcouru par un courant \(I\) est donné par l'intégrale de circulation :
Où \(P\) est un point courant sur le circuit, \(d\vec{l}_P\) est le vecteur déplacement élémentaire tangent au circuit en \(P\), et \(PM\) est la distance entre la source et le point d'observation.
Loi 2 : Relation Locale A-B
Le champ magnétique \(\vec{B}\) est un champ solénoïdal (à flux conservatif). Il dérive du potentiel vecteur par l'opérateur rotationnel :
Cette relation assure automatiquement que \(\text{div}(\vec{B}) = 0\) (conservation du flux magnétique).
Loi 3 : Moment Magnétique
Pour une spire plane de surface \(S\) orientée par la normale \(\vec{n}\) (règle de la main droite) et parcourue par \(I\), le moment magnétique est défini par :
C'est la grandeur vectorielle qui caractérise la "force" et l'orientation du dipôle.
Correction : Potentiel Vecteur d’un Dipôle Magnétique
Question 1 : Symétries et Invariances
Principe
On analyse la géométrie du système (spire circulaire) pour réduire le nombre de variables dont dépend \(\vec{A}\) et déterminer sa direction vectorielle. C'est l'application du **Principe de Curie** (ou principe de Neumann en cristallographie) : "Les effets sont au moins aussi symétriques que les causes". Autrement dit, si la distribution de courant possède une certaine symétrie géométrique, le champ créé doit respecter cette même symétrie.
Mini-Cours
Distinction Vecteurs Polaires vs Axiaux :
- **Vecteur Polaire (Vrai vecteur)** : Le courant électrique \(\vec{j}\), le déplacement \(d\vec{l}\), le champ électrique \(\vec{E}\), la vitesse \(\vec{v}\) et le potentiel vecteur \(\vec{A}\). Règle : Un vecteur polaire appartient aux plans de symétrie et est perpendiculaire aux plans d'antisymétrie.
- **Vecteur Axial (Pseudo-vecteur)** : Le champ magnétique \(\vec{B}\), le moment cinétique \(\vec{L}\), la vitesse angulaire \(\vec{\omega}\). Règle : Un vecteur axial est perpendiculaire aux plans de symétrie et appartient aux plans d'antisymétrie.
Ici, \(\vec{A}\) étant défini par une intégrale de \(d\vec{l}\) (polaire), il est lui-même polaire.
Remarque Pédagogique
Il est crucial de ne pas confondre avec le champ magnétique \(\vec{B}\). Si vous utilisez les règles de symétrie de \(\vec{B}\) pour \(\vec{A}\), vous obtiendrez un résultat faux (par exemple, vous concluriez que \(\vec{A}\) est dans le plan méridien, alors qu'il est perpendiculaire).
Normes
Conventions ISO 80000-6 : Le système de coordonnées utilisé est le système sphérique \((r, \theta, \phi)\), où \(\theta\) est la colatitude (angle avec l'axe z) et \(\phi\) la longitude (azimut).
Formule(s)
Propriétés de Symétrie (Vecteur Polaire)
Invariance par rotation
Hypothèses
Pour appliquer cette loi, nous posons les hypothèses suivantes :
- Distribution de courant filiforme et circulaire parfaite.
- Régime stationnaire (le courant \(I\) ne dépend pas du temps, sinon \(\vec{A}\) dépendrait de \(t\)).
Donnée(s)
| Symétrie | Type | Conséquence Physique |
|---|---|---|
| Rotation autour de \(Oz\) | Invariance | Les composantes scalaires de \(\vec{A}\) ne dépendent pas de \(\phi\) |
| Plan méridien \(\Pi_M\) | Plan d'antisymétrie (courant traverse perpendiculairement) | \(\vec{A} \perp \Pi_M \Rightarrow \vec{A} \parallel \vec{e}_\phi\) |
Astuces
Pour identifier un plan d'antisymétrie de courant : imaginez que le plan est un miroir. Si l'image du courant dans le miroir circule en sens inverse du courant réel, c'est un plan d'antisymétrie.
Plans de Symétrie
Calcul(s)
Analyse des Invariances
Le système (la spire) est invariant par toute rotation d'angle \(\phi\) autour de l'axe \(Oz\). Par conséquent, les propriétés physiques au point \(M(r, \theta, \phi)\) sont identiques à celles en \(M'(r, \theta, \phi + d\phi)\). Les composantes du vecteur \(\vec{A}\) dans la base locale ne dépendent donc que de \(r\) et \(\theta\).
L'équation précédente montre bien que les trois composantes du potentiel vecteur sont indépendantes de la variable \(\phi\).
Analyse des Plans de Symétrie
Considérons le plan méridien \(\Pi_M\) passant par l'axe \(Oz\) et le point d'observation \(M\). Ce plan contient les vecteurs de base \(\vec{e}_r\) et \(\vec{e}_\theta\). Le vecteur \(\vec{e}_\phi\) lui est perpendiculaire.
Observons la distribution de courant : en tout point où la spire coupe ce plan, le vecteur densité de courant \(\vec{j}\) est orthogonal au plan. Si on effectue une symétrie plane par rapport à \(\Pi_M\), le sens de rotation du courant est inversé. \(\Pi_M\) est donc un plan d'antisymétrie pour la distribution de courant.
Pour un vecteur polaire comme \(\vec{A}\), la règle est : si \(M\) appartient à un plan d'antisymétrie, alors le vecteur \(\vec{A}(M)\) est orthogonal à ce plan.
Cette relation implique que les composantes radiale et orthoradiale (en \(\theta\)) sont nulles.
Résultat Vectoriel
Conclusion
Puisque \(\vec{A}\) doit être perpendiculaire au plan méridien \(\Pi_M\) (qui est engendré par \(\vec{e}_r\) et \(\vec{e}_\theta\)), la seule composante non nulle possible est celle portée par la normale au plan, c'est-à-dire \(\vec{e}_\phi\). Les composantes \(A_r\) et \(A_\theta\) sont nécessairement nulles.
Expression simplifiée
Le potentiel vecteur est purement orthoradial. Il "tourne" autour de l'axe z dans le même sens que le courant I.
Schéma (Après les calculs)
Réflexions
Ce résultat est fondamental : il réduit notre problème vectoriel à 3 inconnues \((A_r, A_\theta, A_\phi)\) à un problème scalaire à une seule inconnue \(A_\phi\). C'est la puissance de l'analyse des symétries avant tout calcul.
Points de vigilance
Ne concluez pas hâtivement que \(A_z=0\) juste parce que le courant est dans le plan xy. En coordonnées cartésiennes, \(A_z\) est effectivement nul, mais en sphériques, \(\vec{e}_\phi\) a des projections complexes si on change de repère.
Points à Retenir
L'essentiel à mémoriser :
- Invariance par rotation : pas de dépendance en \(\phi\).
- Plan méridien = Plan d'antisymétrie du courant -> A est perpendiculaire (selon \(\vec{e}_\phi\)).
- A suit la géométrie du courant (spire circulaire -> A circulaire).
Le saviez-vous ?
Cette méthode des symétries permet aussi de prédire que le champ magnétique sur l'axe \(Oz\) sera purement porté par \(Oz\). En effet, l'axe est l'intersection de tous les plans méridiens (plans d'antisymétrie de \(\vec{j}\) donc plans de symétrie de \(\vec{B}\)). \(\vec{B}\) doit appartenir à tous ces plans, donc être sur leur intersection (l'axe).
FAQ
Pourquoi A ne dépend pas de Phi ?
Car si vous tournez la spire autour de son axe, la distribution de courant reste identique à elle-même. Un observateur ne voit aucun changement physique, donc le potentiel au point M (fixe par rapport à l'axe) ne peut pas dépendre de l'angle azimutal.
A vous de jouer
Si on inverse le sens du courant I, comment change le vecteur A ?
📝 Mémo
Courant circulaire \(\rightarrow\) Potentiel circulaire.
Question 2 : Expression Intégrale
Principe
Nous allons maintenant traduire la loi de Biot-Savart en une intégrale explicite. Pour simplifier le calcul des projections vectorielles (souvent source d'erreur), nous choisissons un point \(M\) particulier situé dans le plan \((xOz)\), c'est-à-dire tel que \(\phi_M=0\). Comme nous avons prouvé en Q1 que le problème est invariant par rotation, l'expression de \(A_\phi(r, \theta)\) trouvée pour ce point spécifique sera valable pour tout \(\phi\).
Mini-Cours
Le potentiel vecteur total est la somme vectorielle (intégrale) des contributions infinitésimales \(d\vec{A}\) créées par chaque petit morceau de fil \(d\vec{l}\). \[ d\vec{A} = \frac{\mu_0 I}{4\pi} \frac{d\vec{l}}{PM} \] Attention : on ne somme pas les modules, on somme les vecteurs (projection nécessaire).
Remarque Pédagogique
Pourquoi choisir \(\phi_M=0\) ? À cet endroit, le vecteur de base \(\vec{e}_\phi\) du point M est exactement égal au vecteur \(\vec{e}_y\) du repère cartésien. Cela rend la projection triviale : \(A_\phi = \vec{A} \cdot \vec{e}_y\).
Normes
Utilisation du repère cartésien local pour la décomposition vectorielle initiale, puis passage en coordonnées du point source pour l'intégration.
Formule(s)
Loi de Biot-Savart Intégrale
Expression intégrale
Hypothèses
On considère la spire comme filiforme (épaisseur négligeable devant R et r).
- Point M positionné arbitrairement à \(\phi_M = 0\)).
Donnée(s)
| Vecteur | Expression Cartésienne |
|---|---|
| \(d\vec{l}\) (élément source) | \(R d\alpha \, (-\sin\alpha \vec{e}_x + \cos\alpha \vec{e}_y)\) |
| \(\vec{OM}\) (point cible) | \(r \sin\theta \, \vec{e}_x + r \cos\theta \, \vec{e}_z\) |
Astuces
Ne tentez surtout pas de calculer l'intégrale résultante maintenant. Elle est "elliptique" (non soluble avec des fonctions simples). L'objectif de cette étape est juste de l'écrire correctement pour pouvoir faire des approximations ensuite.
Géométrie du calcul
Calcul(s)
1. Paramétrage du point source P
On repère un point \(P\) quelconque de la spire par l'angle polaire \(\alpha\) dans le plan xOy. Commençons par exprimer le vecteur position de ce point P en coordonnées cartésiennes :
Pour obtenir le vecteur déplacement élémentaire tangentiel, on dérive ce vecteur position par rapport à l'angle :
Le vecteur \(d\vec{l}\) est tangent à la spire et orienté selon le sens du courant.
2. Calcul de la distance PM
Le dénominateur de la loi de Biot-Savart est la distance \(PM = ||\vec{OM} - \vec{OP}||\). Pour la calculer, utilisons le carré scalaire, qui simplifie souvent les expressions vectorielles :
On sait que \(OM^2 = r^2\) et \(OP^2 = R^2\). Calculons maintenant le produit scalaire. Rappelons que \(M\) est dans le plan xOz, donc sa coordonnée y est nulle :
En remplaçant ce produit scalaire dans l'expression du carré de la distance, on obtient finalement :
Cette distance varie avec \(\alpha\), ce qui est logique puisque \(P\) tourne autour de l'axe \(z\).
3. Projection sur l'axe utile
Nous savons d'après la Question 1 que \(\vec{A}\) est dirigé selon \(\vec{e}_\phi\). Au point M choisi (\(\phi=0\)), le vecteur \(\vec{e}_\phi\) coïncide avec \(\vec{e}_y\). Nous n'avons donc besoin que de la composante selon \(\vec{e}_y\) de l'intégrale totale. Regardons la composante y de \(d\vec{l}\) que nous avons calculée plus haut : c'est \(R\cos\alpha\,d\alpha\). (Note : La composante en sinus s'annulerait de toute façon par intégration sur un tour complet, par symétrie).
4. Résultat Intégral
On assemble tous les morceaux dans la formule de Biot-Savart : on remplace \(I\), la projection de \(d\vec{l}\) et l'expression de la distance \(PM\) :
C'est la forme exacte de l'intégrale, valable pour tout \(r\) et \(\theta\).
Schéma (Après les calculs)
Réflexions
Cette intégrale semble complexe car le dénominateur dépend de l'angle d'intégration \(\alpha\). C'est tout à fait normal : la distance entre M et les différents points de la spire varie. C'est ce qu'on appelle une intégrale elliptique complète. Heureusement, nous cherchons le champ "lointain", ce qui va nous permettre de simplifier cette racine carrée par approximation.
Points de vigilance
L'erreur classique est d'oublier de projeter \(d\vec{l}\) et d'essayer d'intégrer le vecteur entier, ou pire, d'intégrer le module \(dl\). Le potentiel est un vecteur, chaque composante s'ajoute séparément.
Points à Retenir
L'essentiel à mémoriser :
- La technique d'Al-Kashi vectoriel pour trouver la distance : \(r^2 + R^2 - 2\vec{r}\cdot\vec{R}\).
- L'utilisation du point particulier \(\phi=0\) pour simplifier la base vectorielle.
Le saviez-vous ?
Cette intégrale exacte est utilisée numériquement pour calculer le champ très précis des bobines de Helmholtz utilisées dans les laboratoires pour annuler le champ magnétique terrestre.
FAQ
Pourquoi PM dépend de alpha ?
Car le point P parcourt la spire (variable d'intégration alpha). M est fixe, mais la distance PM change : P est plus proche de M quand il est du même côté, et plus loin quand il est diamétralement opposé.
A vous de jouer
Si r tend vers l'infini, le terme 1/PM tend vers quoi ?
📝 Mémo
Toujours projeter les vecteurs AVANT d'intégrer pour éviter de traîner des composantes qui s'annuleront.
Question 3 : Approximation Dipolaire
Principe
L'expression intégrale précédente est trop complexe. On se place dans le cadre de l'approximation dipolaire, c'est-à-dire à grande distance (\(r \gg R\)). Nous allons effectuer un développement limité (DL) à l'ordre 1 du terme \(1/PM\) pour linéariser l'intégrale et la rendre calculable.
Mini-Cours
Développement limité de \((1+\epsilon)^{-1/2}\) :
C'est l'outil mathématique central de la physique des champs. Pour un petit nombre \(\epsilon \ll 1\) :
\[ (1+\epsilon)^{-1/2} = 1 - \frac{1}{2}\epsilon + \frac{3}{8}\epsilon^2 - ... \]
Ici, \(\epsilon\) contiendra le terme en \(R/r\). On s'arrêtera à l'ordre 1 pour avoir l'approximation dipolaire. L'ordre 2 donnerait le quadrupôle, etc.
Remarque Pédagogique
Pourquoi l'ordre 1 ? Si on s'arrête à l'ordre 0 (\(1/PM \approx 1/r\)), l'intégrale de \(\cos\alpha\) donne 0. Cela signifie que la "charge magnétique totale" (monopôle) est nulle. Il faut aller chercher le terme suivant (le déséquilibre spatial) pour trouver le dipôle.
Normes
Approximation classique en physique théorique (Développement Multipolaire).
Formule(s)
DL Généralisé
Hypothèses
Pour appliquer cette loi, nous posons les hypothèses suivantes :
- \(r \gg R\) : Observation lointaine.
- Le terme \(\frac{R}{r}\) est notre "infiniment petit".
Donnée(s)
| Intégrale usuelle | Valeur |
|---|---|
| \(\int_0^{2\pi} \cos\alpha \, d\alpha\) | 0 |
| \(\int_0^{2\pi} \cos^2\alpha \, d\alpha\) | \(\pi\) |
Astuces
Pour l'intégrale de \(\cos^2\alpha\), rappelez-vous que la moyenne de \(\cos^2\) est \(1/2\). Donc sur un intervalle de \(2\pi\), l'aire vaut \(2\pi \times (1/2) = \pi\).
Configuration Lointaine
Calcul(s)
1. Mise en facteur du terme dominant
Reprenons l'expression de \(PM\) trouvée précédemment. Dans la racine, le terme dominant (le plus grand) est \(r^2\). Nous allons le factoriser pour faire apparaître une forme \((1+\epsilon)\) :
Nous avons sorti \(1/r\) de la racine. Le terme entre crochets est maintenant de la forme \((1+u)\) où \(u\) contient des termes en \(R/r\).
2. Développement Limité
Comme \(R \ll r\), le terme quadratique \(R^2/r^2\) est négligeable devant \(R/r\) (c'est un infiniment petit d'ordre 2). On ne garde que le terme d'ordre 1. On pose donc \(\epsilon = -2\frac{R}{r}\sin\theta\cos\alpha\). En appliquant la formule \((1+\epsilon)^{-1/2} \approx 1 - \epsilon/2\) :
Nous avons transformé l'inverse de la distance (compliqué) en une somme de deux termes simples, beaucoup plus facile à intégrer.
3. Intégration Terme à Terme
On réinjecte cette expression approchée dans l'intégrale de \(A\) trouvée en Q2 :
On sort les constantes en \(r\) et on distribue le \(\cos\alpha\) à l'intérieur de l'intégrale :
Analysons les deux termes :
- Le premier terme est \(\int_{0}^{2\pi} \cos\alpha \, d\alpha\). L'intégrale d'un cosinus sur une période complète est nulle. Ce terme (monopolaire) disparait.
- Le second terme contient \(\int_{0}^{2\pi} \cos^2\alpha \, d\alpha\). Cette intégrale vaut \(\pi\).
4. Résultat Scalaire
Il ne reste plus que le second terme. L'expression se simplifie :
Nous obtenons une formule scalaire simple, inversement proportionnelle au carré de la distance.
5. Retour au vecteur (Intrinsèque)
Pour rendre cette formule vectorielle et indépendante du repère, on identifie les grandeurs physiques. Le terme \(I \pi R^2\) correspond exactement à la norme du moment magnétique \(||\vec{\mathcal{M}}||\). Le terme \(\sin\theta\) nous fait penser à un produit vectoriel. En effet, \(\vec{\mathcal{M}}\) est porté par \(\vec{e}_z\) et le vecteur position \(\vec{e}_r\) fait un angle \(\theta\) avec lui. Leur produit vectoriel est bien porté par \(\vec{e}_\phi\) et a pour norme \(\mathcal{M} \sin\theta\).
Potentiel Vecteur Dipolaire
C'est la forme canonique du potentiel vecteur d'un dipôle, valable quel que soit le système de coordonnées.
Schéma (Après les calculs)
Réflexions
On observe une décroissance en \(1/r^2\). C'est beaucoup plus rapide que pour un élément de courant isolé (qui serait en \(1/r\)). La boucle fermée fait que le courant "qui vient" est presque annulé par le courant "qui repart", d'où une décroissance plus forte.
Points de vigilance
Attention à la singularité en \(r=0\) : la formule donne une valeur infinie, ce qui n'a pas de sens physique. C'est normal, l'approximation \(r \gg R\) n'est plus valable au centre.
Points à Retenir
L'essentiel à mémoriser :
- Décroissance en \(1/r^2\) pour le potentiel A.
- Dépendance en \(\sin\theta\) (nul sur l'axe, maximal à l'équateur).
- La formule intrinsèque : \(\vec{A} \propto \vec{M} \wedge \vec{u}_r\).
Le saviez-vous ?
Cette forme mathématique est exactement la même que celle du potentiel scalaire V d'un dipôle électrique, si on remplace le produit vectoriel par un produit scalaire. Les mathématiques des dipôles sont universelles.
FAQ
Pourquoi le terme en 1/r disparaît ?
Mathématiquement, car \(\int \cos\alpha = 0\). Physiquement, cela signifie qu'il n'y a pas de "monopôle magnétique" (pas de charge magnétique nette). Le terme dominant doit donc être d'ordre supérieur (dipôle).
A vous de jouer
Calculez l'amplitude de A pour I=2A, R=0.05m, r=1m, à l'équateur (theta=90°).
📝 Mémo
A dipolaire \(\propto 1/r^2\).
Question 4 : Champ Magnétique B
Principe
Maintenant que nous avons l'expression de \(\vec{A}\) en tout point de l'espace (dans la zone lointaine), nous pouvons retrouver le champ magnétique \(\vec{B}\) par simple dérivation spatiale locale. Nous utilisons l'opérateur **Rotationnel** en coordonnées sphériques.
Mini-Cours
Rotationnel en Coordonnées Sphériques :
C'est une formule souvent fournie, mais il faut savoir l'utiliser. Pour un vecteur \(\vec{A} = A_r\vec{e}_r + A_\theta\vec{e}_\theta + A_\phi\vec{e}_\phi\), la composante radiale du rotationnel dépend de \(A_\phi\) et \(A_\theta\), etc.
Dans notre cas simplifié où seul \(A_\phi\) existe et ne dépend pas de \(\phi\), la formule se réduit à :
\[ \vec{\nabla} \wedge \vec{A} = \frac{1}{r \sin\theta} \frac{\partial}{\partial \theta}(\sin\theta A_\phi) \vec{e}_r - \frac{1}{r} \frac{\partial}{\partial r}(r A_\phi) \vec{e}_\theta \]
Remarque Pédagogique
Le champ B décroit plus vite que le potentiel (dérivée spatiale en 1/r ajoute un facteur 1/r). On s'attend donc à une loi en \(1/r^3\).
Normes
Unités SI : Le champ B s'exprime en Tesla (T). 1 Tesla est un champ énorme (gros aimant IRM). Le champ terrestre est de l'ordre de 50 µT.
Formule(s)
Définition locale
Hypothèses
Validité dans le vide (pas de milieu magnétique matériel type ferromagnétique à proximité).
- Approximation dipolaire valide (\(r \gg R\)).
Donnée(s)
| Composante A | Valeur pour dérivation |
|---|---|
| \(A_r\) | 0 |
| \(A_\theta\) | 0 |
| \(A_\phi\) | \(\frac{K \sin\theta}{r^2}\) avec \(K = \frac{\mu_0 \mathcal{M}}{4\pi}\) |
Astuces
N'oubliez surtout pas les facteurs géométriques \(1/r\) et \(1/(r\sin\theta)\) devant les dérivées partielles dans la formule du rotationnel. Si vous dérivez simplement \(A_\phi\), le résultat sera faux et non homogène dimensionnellement.
Opération Vectorielle
Calcul(s)
1. Composante Radiale \(B_r\)
Commençons par la première composante du rotationnel (selon \(\vec{e}_r\)). La formule donne \(\frac{1}{r\sin\theta}\) fois la dérivée par rapport à \(\theta\) de \((A_\phi \sin\theta)\) :
Remplaçons \(A_\phi\) par son expression \(\frac{K \sin\theta}{r^2}\). Le terme \(1/r^2\) est constant par rapport à \(\theta\), on peut le sortir de la dérivée :
On doit donc dériver \(\sin^2\theta\). La dérivée de \(u^2\) est \(2u u'\), donc la dérivée de \(\sin^2\theta\) est \(2\sin\theta\cos\theta\). En remplaçant :
Les sinus se simplifient, et on regroupe les puissances de \(r\) pour obtenir \(1/r^3\).
2. Composante Orthoradiale \(B_\theta\)
Passons à la deuxième composante (selon \(\vec{e}_\theta\)). La formule est \(-\frac{1}{r}\) fois la dérivée par rapport à \(r\) de \((r A_\phi)\) :
Injectons \(A_\phi = \frac{K \sin\theta}{r^2}\). Multiplié par \(r\), cela devient \(\frac{K \sin\theta}{r}\) :
Les termes en \(\theta\) sont constants pour la dérivation en \(r\). On doit dériver \(1/r\), ce qui donne \(-1/r^2\). Avec le signe moins devant et le facteur \(1/r\) extérieur, cela donne :
On obtient bien une dépendance en \(1/r^3\) pour cette composante également.
3. Résultat Vectoriel Final
On regroupe les deux composantes vectorielles. N'oublions pas de remplacer la constante \(K\) par sa définition initiale \(K = \frac{\mu_0 \mathcal{M}}{4\pi}\) :
C'est la formule classique du champ d'un dipôle magnétique.
Schéma (Après les calculs)
Réflexions
On retrouve la décroissance caractéristique en \(1/r^3\). Notez que le champ ne s'annule jamais sauf à l'infini. Il n'est jamais purement orthoradial (sauf à l'infini). Il est purement radial sur l'axe (\(\theta=0\)).
Points de vigilance
Le champ B n'est pas radial ! Il a une composante selon \(\theta\). Il "tourne" pour aller du pôle Nord au pôle Sud.
Points à Retenir
L'essentiel à mémoriser :
- Décroissance en \(1/r^3\) (très rapide).
- Le facteur 2 sur la composante radiale (\(2\cos\theta\)).
- Le champ est deux fois plus intense aux pôles qu'à l'équateur à distance égale.
Le saviez-vous ?
Cette formule explique pourquoi les aurores boréales se forment aux pôles. Les particules chargées du vent solaire sont guidées par les lignes de champ qui "plongent" vers la Terre aux pôles magnétiques, là où le champ est le plus intense et vertical.
FAQ
Est-ce que B est défini en r=0 ?
Non, c'est une singularité mathématique du modèle dipolaire ponctuel. Dans la réalité, à l'intérieur de la spire, le champ est fini et à peu près constant (champ d'un solénoïde plat).
A vous de jouer
Où le champ B est-il horizontal (selon theta) ?
📝 Mémo
B décroît en cube de la distance.
Question 5 : Équation des Lignes de Champ
Principe
Les lignes de champ sont les courbes imaginaires qui sont tangentes au vecteur \(\vec{B}\) en tout point de l'espace. Elles permettent de visualiser la topologie du champ. Pour trouver leur équation mathématique \(r(\theta)\), on résout l'équation différentielle qui exprime cette colinéarité entre un petit déplacement sur la ligne \(d\vec{OM}\) et le champ \(\vec{B}\) local.
Mini-Cours
Condition de Tangence :
Le déplacement élémentaire le long d'une courbe en coordonnées polaires est \(d\vec{l} = dr\,\vec{e}_r + r\,d\theta\,\vec{e}_\theta\).
Pour que ce déplacement soit parallèle à \(\vec{B} = B_r\vec{e}_r + B_\theta\vec{e}_\theta\), il faut que les composantes soient proportionnelles :
\[ \frac{dr}{B_r} = \frac{r d\theta}{B_\theta} \]
Remarque Pédagogique
C'est une technique puissante pour visualiser des champs vectoriels abstraits. Ici, nous allons voir émerger la forme typique des "oreilles de lapin" du champ dipolaire.
Normes
N/A (Mathématiques pures).
Formule(s)
Équation différentielle des lignes de champ
Hypothèses
On cherche l'équation dans un plan méridien (\(\phi = \text{cste}\)), car le système est invariant par rotation. La ligne de champ est plane.
- \(\phi = \text{cste}\).
Donnée(s)
| Rapport des composantes | Valeur |
|---|---|
| \(B_r / B_\theta\) | \(\frac{2K\cos\theta/r^3}{K\sin\theta/r^3} = \frac{2\cos\theta}{\sin\theta} = 2 \cot\theta\) |
Astuces
Rappel d'intégration : \(\int \cot\theta \, d\theta = \int \frac{\cos\theta}{\sin\theta} d\theta = \int \frac{u'}{u} = \ln|u| = \ln(\sin\theta)\) (car \(\theta \in [0, \pi]\)).
Tangence
Calcul(s)
1. Séparation des variables
On part de la condition de tangence \(\frac{dr}{B_r} = \frac{r d\theta}{B_\theta}\). On réarrange l'équation pour séparer les variables \(r\) et \(\theta\) de chaque côté du signe égal :
Nous avons maintenant une équation différentielle à variables séparées.
2. Intégration
On intègre chaque membre séparément. L'intégrale de \(1/r\) est \(\ln(r)\). L'intégrale de \(2\cos\theta/\sin\theta\) est \(2\ln(\sin\theta)\) :
On utilise la propriété des logarithmes \(a \ln(x) = \ln(x^a)\) pour simplifier le terme de droite :
3. Exponentiation
Pour retrouver \(r\), on prend l'exponentielle des deux côtés. Le terme \(\exp(\text{Cste})\) devient une constante multiplicative positive que nous noterons \(r_0\) (ou \(K\)). C'est la constante d'intégration qui définit quelle ligne de champ on regarde.
Équation Polaire
C'est l'équation d'une courbe fermée en forme de cardioïde aplatie.
Schéma (Après les calculs)
Réflexions
Analysons cette courbe.
- Si \(\theta \to 0\) ou \(\pi\) (pôles), \(\sin\theta \to 0\) donc \(r \to 0\). La ligne part de l'origine.
- Si \(\theta = \pi/2\) (équateur), \(\sin\theta = 1\) donc \(r = r_0\). La ligne atteint son extension maximale.
Cela décrit bien des boucles fermées qui sortent d'un pôle pour aller vers l'autre.
Points de vigilance
La constante \(r_0\) n'est pas unique. Il y a une infinité de lignes de champ, chacune correspondant à une valeur différente de \(r_0\). \(r_0\) représente l'altitude maximale de la ligne de champ à l'équateur magnétique.
Points à Retenir
L'essentiel à mémoriser :
- Equation polaire : \(r = r_0 \sin^2\theta\).
- La méthode de séparation des variables pour résoudre l'équation différentielle.
Le saviez-vous ?
Cette équation définit la forme des "coquilles magnétiques" (L-shells) utilisées en géophysique pour classifier les zones de la magnétosphère. Un satellite GPS navigue à travers ces coquilles.
FAQ
Est-ce que les lignes se croisent ?
Jamais en dehors de la source (singularité). En un point de l'espace, le champ B a une direction unique, il ne peut y avoir deux tangentes différentes (sauf si B=0).
A vous de jouer
Quelle est la forme de la courbe ?
📝 Mémo
Lignes fermées en forme de lobes.
Schéma Bilan de l'Exercice
Représentation complète du dipôle : Courant, Moment, Potentiel A et Champ B.
📝 Grand Mémo : Ce qu'il faut retenir absolument
Voici la synthèse des points clés méthodologiques et physiques abordés dans cet exercice :
-
🔑
Point Clé 1 : [Symétries]
Le principe de Curie impose la géométrie du champ. Pour une spire, A est orthoradial. -
📐
Point Clé 2 : [Décroissance]
Loi de puissance : Potentiel A en \(1/r^2\), Champ B en \(1/r^3\). C'est la signature d'une source dipolaire. -
⚠️
Point Clé 3 : [Singularité]
Ces formules ne sont valides que loin de la source (\(r \gg R\)). Elles divergent en zéro. -
💡
Point Clé 4 : [Universalité]
Ce modèle décrit aussi bien les aimants, les atomes que le champ terrestre vu de l'espace.
🎛️ Simulateur interactif
Modifiez les paramètres pour voir l'impact sur le graphique.
Paramètres
📝 Quiz final : Testez vos connaissances
1. Quelle est la dépendance radiale du potentiel vecteur \(\vec{A}\) d'un dipôle ?
2. Quelle est la direction de \(\vec{A}\) pour une spire dans le plan \(xy\) ?
📚 Glossaire
- Dipôle Magnétique
- Système physique créant un champ magnétique équivalent à celui d'une boucle de courant microscopique.
- Jauge de Coulomb
- Condition \(\text{div} \vec{A} = 0\) souvent utilisée pour simplifier les équations.
- Rotationnel
- Opérateur vectoriel mesurant la tendance d'un champ à "tourner" autour d'un point.
- Spire
- Boucle fermée de conducteur électrique.
- Moment Magnétique
- Grandeur vectorielle \(\vec{\mathcal{M}}\) caractérisant l'intensité et l'orientation du dipôle.
Le Saviez-vous ?
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